Pourquoi je n'ai pas manifesté

2011-10-17 13:31:23

Je soutiens le mouvement de révolte qui parcourt le monde en ce moment autant que j'estime le pouvoir en fonction de mon talent, de mon temps, de mes moyens et du reste. Pourtant je ne vais ni manifester, ni camper, pour des raisons qui me sont personnelles, mais que je tiens pourtant à expliquer.

Un peu d'histoire

J'ai depuis longtemps, plus de vingt ans, la conviction qu'une révolution globale est la seule issue possible à l'impasse dans laquelle se trouve notre civilisation. Je ne savais pas comment la faire advenir, ni quelle forme elle pouvait prendre, ni... En fait, la seule chose que j'en savais était sa nécessité. Tout cela m'a rapidement donné le goût du romantisme révolutionnaire, qui est une plaie aussi inquiétante que le romanstisme guerrier. J'ai ressenti une certaine déception lorsque j'ai appris que mes parents n'avaient pris aucune part aux événements de Mai 68.

Depuis, j'ai soigné mon romantisme, je ne suis plus un "va-t-en-révolution" comme d'autres sont "va-t-en-guerre". Mais j'ai manifesté très souvent, pour différentes causes. Dans certains cas, j'ai participé à l'organisation, permanence téléphonique, service d'ordre... J'ai pu faire parti de ceux qui savait du côté de la police quelle était la personne à qui parler, même si je ne l'ai pas fait moi-même. Je n'ai jamais été moi-même chargé par les CRS, mais deux fois au moins, ils ont bien failli me coincé. J'ai goûté de la lacrymo, j'ai même essayé d'en traverser un nuage un soir à Paris.

Le Présent

Alors, maintenant qu'un mouvement d'ampleur mondiale dépourvu de leader prend forme, j'ai un peu l'impression de rester sur le quai. Pourquoi? Parce que ma responsabilité vis-à-vis de mes enfants est plus grande que ma responsabilité vis-à-vis du monde. Une manifestation est un lieu à risque, physique d'abord, parce qu'il arrive qu'on s'y fasse tapé dessus à mort, social ensuite, parce qu'on peut se retrouver en prison ou exposer à des poursuites. Qu'on y aille avec les meilleurs intentions du monde ne change rien aux risques qu'on prend. Je me souviens, à l'époque où j'étais au lycée, j'ai croisé dans un manif ma prof de français de l'époque avec un landeau. Je lui aurai bien dit de rentrer chez elle.

Bref, ce risque-là, je ne suis pas prêt à le prendre avant que mes enfants soient devenues suffisement indépendantes. Il y a encore quelques années. D'ici là, je participerais autant que je le peux aux changements du monde, avec ma petite plume, mais je n'irai pas dans la rue. Je comprends que d'autres ne fasse pas le même choix, mais, putain, si vous voyez quelqu'un avec un landeau, renvoyez-le chez lui.