Facebook merde, Google m'emmerde!

2011-08-04 12:23:26

Le rôle des réseaux sociaux dans les mouvements de libération qui secouent depuis quelques temps la planète a été presque toujours décrit sous un angle pour le moins avantageux, jusqu'à les tenir même pour responsables. Comme si Mark Zuckerberg avait été lui-même sur la place Tahrir demander la fin de la dictature. C'est oublier que derrière ces réseaux se trouvent des entreprises qui, si elles profitent de cette publicité, ne prennent pas parti. En Syrie, cette attitude a des conséquences dramatiques.

Réseaux sociaux et services en ligne

Je ne suis pas un grand fan des réseaux sociaux. Je n'ai pas de compte Facebook, je n'existe pas sur Tweeter non plus. C'est vrai que je n'ai pas une personnalité très portée vers la communication. Et puis, je me méfie des services en ligne dont je n'ai pas la maîtrise. Je n'en utilise un que si j'y trouve une valeur ajoutée indéniable, la plupart du temps, l'ubiquité. Ainsi, j'utilise Delicious quotidiennement pour mes marques-pages. Je les retrouve partout, tout le temps, lorsque j'en ai besoin, sans me poser de questions. L'autre valeur ajoutée que j'y trouve souvent est la fiabilité. Bien que j'ai les compétences pour faire fonctionner une tripotée de serveurs, je ne suis pas en mesure de garantir la qualité de service que j'estime minimale à moins d'être payé suffisement pour le faire. Je veux dire : les serveurs sont des créatures succeptibles qui réclament des soins quotidiens comme la lecture des logs, la vérification des sauvegardes, la mise à jour des logiciels, la résolution des problèmes détectés et parfois même des interventions d'urgence. C'est un boulot à plein temps si on veut être fiable. Alors je ne gère pas mes mails moi-même, parce que ce service est trop important pour moi pour que je puisse seulement m'imaginer une interruption de quelques heures. J'utilise Gmail. Delicious et Gmail sont vraiment les deux seuls dont j'aurai du mal à me passer aujourd'hui, bien que j'y réfléchisse. J'utilise aussi des services en ligne parce qu'ils n'ont pas d'importance à mes yeux : Google Analytics, Google AdSense... GoogleDoc a un statut un peu intermédaire dans l'histoire, apprécié tant pour l'ubiquité que pour la fiabilité, j'y mets des documents d'importance moyenne. Mais ce n'est pas parce que les données que je mets dans certains de ces services n'ont pas d'importance pour moi qu'elles n'en ont pas pour ceux qui me proposent ces services. Après tout, la valeur ajoutée que eux y trouvent est justement là. Et ce n'est pas parce que j'utilise AdBlock Plus pour Firefox que cette valeur ajoutée en entièrement détruite : d'une part, certain mode de diffusion de publicité permettent de rentabiliser tout de même ces données ; ensuite, ces données ont une valeur en soi ; mais en plus, des services comme Google Analytics et Google AdSense permettent de récolter des informations sur ceux qui visitent mes sites... Il faudra bien que j'abandonne Google Analytics un jour, quant à AdSense, je le réserve à des sites pour lesquels je suis succeptible de procurer une valeur ajoutée à ceux qui les visitent, autrement dit des sites techniques qui n'engagent pas ceux qui les visitent.

Voilà, maintenant que j'ai fait mon auto-critique et que vous savez à quoi vous en tenir en visitant ce site, je peux me lancer dans la vraie critique qui est l'objet de cet article.

"Leaving the Clould" : descendre du nuage

On parle beaucoup en ce moment du "Cloud", qui est une formulation marketing du concept de service en ligne. À ceci près qu'on nous explique que le service n'est pas assuré par un serveur, mais par une multitude de serveurs. La différence pour vous? Aucune. Si ce n'est que vous avez un nouveau mot à la mode, un buzzword comme on dit, en plus à votre vocabulaire. Et puis, sur votre nuage, vous pouvez vous imaginer une armée de serveurs à votre service, ce qui est toujours plus fiable, plus puissant, plus flatteur que de n'en avoir qu'un. Que vous partagiez ces serveurs avec le reste du monde, vous n'avez pas besoin d'y penser. Qu'avant l'apparition du "Cloud", il y avait un système presque aussi fiable, composé d'une multitude de serveurs déjà avec une architecture éventuellement différente, mais dont les subtilités vous échappent à moins que vous n'ayez la formation nécessaire pour les comprendre, vous n'avez pas besoin de le savoir. C'est tout l'intérêt du marketing : véhiculer des impressions qui vont vous amener à vous défaire d'une part de valeur ajoutée sans condition.

Sans condition?

Ben oui, vous n'avez pas lu les petites lignes? Les données que vous mettez sur ces services sont utilisées pour vous faire de la publicité ciblée, certes, mais le plus souvent, vous en abandonner même la propriété intellectuelle. Ou au moins, vous autoriser le fournisseur du service à en faire à peu près ce qu'il veut. Certains services particulièrement exposés sont devenus plus souples : ainsi, vous pouvez maintenant vous opposer à ce que Facebook utilise vos photos dans ses publicités. Mais ces concessions ne se produisent que sous la pression d'utilisateurs vigilants et d'une exposion médiatique importante, bref, s'il y a un intérêt stratégique.

Mais, vous n'y avez peut-être pas songé, ses services se réservent toujours le droit de supprimer votre compte sans préavis. Vous avez mis toutes vos photos sur Picassa? Du jour au lendemain, vous pouvez tout perdre sur simple décision de Google. De même pour vos mails avec Gmail... Et vous n'aurez aucun recours.

On peut argumenter là-dessus : l'intérêt du fournisseur de service à effectuer ce genre de manoeuvre, les motivations qu'il peut avoir à le faire, le risque d'erreur, les manipulations dont il peut avoir été l'objet... Il n'y a pas besoin de beaucoup d'imagination pour découvrir les multiples scénarios qui peuvent mener à la destruction injustifiée de données sans recours pour n'importe lequel d'entre nous. De tels scénarios se produisent d'ailleurs quotidiennement, passant la plupart du temps inaperçus au milieu des ces millions de comptes qui fonctionnent sans problème. Ce ne seront jamais que des discussions, la décision de ce qu'il advient de vos données ne vous appartient en réalité pas.

Les solutions

La solution parfaite n'existe pas (encore?). Beaucoup y travaillent, mais les défis techniques à relever, des divergences de conception et de priorités sont si grandes et les projets si disparates qu'aucun pronostic ne peut être fait à l'heure actuelle. La meilleure garantie qu'on puisse avoir que quelque chose finalement en sorte est la pression de plus en plus forte que les gouvernements, les compagnies et les "ayants-droits" font peser sur Internet pour en prendre le contrôle. Rien de tel que d'être en prison pour imaginer les moyens de s'évader. Le but serait, à mon sens, de parvenir à créer un réseau tel que nos données soient pérennes, disponibles de partout, à tout moment pour commencer. Que les données publiques soient accessibles à tous, sans restriction ni censure. Que les données confidentielles le restent indépendemment des machines qui les font transiter. Que les données soient signées de manière fiable ou complètement anonyme. Et cela que je dispose ou pas d'un serveur personnel. Et en toute indépendance de mon fournisseur d'accès, de mon gouvernement, etc. Cela vous semble impossible. Cela ne l'est pas. C'est juste horriblement complexe et difficile.

En attendant, vous pouvez toujours faire une recherche sur "leaving the cloud". Vous aurez plein de documentation à exploiter pour vous libérer. Ce n'est pas l'objet de cet article, seulement une digression.

Google m'emmerde

Parce que depuis que j'ai commencé cet article, je ne sais pas combien de fois j'ai tapé ce nom sur mon clavier. Aucun doute, je suis cerné par Google, et il va falloir que je m'en défasse. J'ai commencé hier, j'ai changé de mail. Maintenant, écrivez-moi à [email protected].

Pour le reste, on verra plus tard. Mais surtout, ce dont je me suis aperçu, c'est la façon dont Google s'est infiltré dans la plupart des sites web du monde en fournissant des services : publicités, statistiques, recherches intégrées, maintenant cdn et que sais-je encore, lui permettant ainsi de récolter des données sur des milliards de personnes sans qu'elles en aient seulement conscience. Pas besoin de leur demander leur accord, c'est le webmaster du site qui a tout mis en place.

À, moins d'utiliser Tor correctement, ce qui implique de perdre beaucoup en rapidité, Google aura toujours une trace de vous.

Donc: Google m'emmerde.

Facebook merde

Facebook ne m'emmerde pas, je suis à deux doigts de m'en foutre completement. Je n'ai pas de compte chez eux, et j'espère bien ne jamais en avoir. Je suis assez sceptique quant au rôle qu'il a bien pu jouer dans le printemps arabe. Mais là où Facebook merde, c'est en Syrie.

J'ai découvert cet article : Facebook : Round two … Fight !. J'avoue n'être pas encore parvenu au bout de sa lecture, le passage sur la Syrie m'ayant tout simplement bouleversé. Je n'ai pas pu attendre avant d'écrire à ce sujet. Pour résumer, le rôle de Facebook dans l'été de la repression syrienne n'est pas reluisant. Facebook n'a rien fait à proprement parler, du moins à ma connaissance, et c'est bien ce que je lui reproche. Voici l'affaire : le gouvernement syrien a annoncé des mesures sympathiques histoire de calmer la colère de la rue. Parmi celles-ci, la réouverture de l'accès à Facebook. Evidemment, nombreux furent ceux qui s'y précipitèrent. Les nouveaux venus furent sans aucune défence. Ceux qui avaient déjà un compte furent peu nombreux à s'interroger sur la petite fenêtre qui leur demandait s'il fallait accepté le nouveau certificat de ce site Facebook. Une petite fenêtre d'avertissement de rien du tout, comme votre ordinateur vous en sert à longueur de journée. La plupart d'entre eux ne l'ont certainement même pas lue. Cliquer sur "Oui" était pourtant une erreur fatale. Mortèle pour certains d'entre eux. trop nombreux.

Ils ont tous été victimes d'une attaque de type "man in the middle". Pour faire simple, le gouverement syrien a placé entre les citoyens de son pays et Facebook un machine qui se fassant passer pour Facebook, interceptait les messages avant des les retransmettre à Facebook. Rien de visible à l'utilisateur Lambda ne lui permet de s'en apercevoir hors la petite fenêtre d'avertissement dont j'ai parlé. Rien.

A partir de là, non seulement le gouvernement a pu déterminé qui disait quoi sur Facebook, mais il a aussi pu voler l'identité Facebook de ceux qu'il voulait. Et poster des messages en faveur du gouverment au nom d'opposants. Mais beaucoup...

...organiser de fausses manifestations où la police pouvait cueillir tout ce beau monde sans difficulté.

Bien sûr, Facebook n'est pas responsable de ce que fait le gouvernement syrien. Mais il peut réagir. Il peut envoyer des avertissements à ces utilisateurs. Bien sûr, ces avertissements pourraient être filtrés, mais le temps que les services syriens réagissent, l'information pourra avoir sauver beaucoup de monde. Il aurait pû aussi interrompre ses services pour la Syrie. Cela aurait été un message on ne peut plus clair. Evidemment, le gouvernement aurait pu essayer de faire un faux Facebook. Ou de trouver une autre route. Mais combien de temps pour y parvenir?

Bref, Facebook aurait pu défendre la population syrienne. Des rispostes auraient été possibles, sans aucun doute, mais la population aurait finalement pû être informée. Et des morts évités. Mais il n'a rien fait. La liberté, c'est pas son problème. Facebook est une entreprise, elle n'a pas à prendre parti.

Qu'on ne me dise pas que Facebook ne savait pas. Si réellement c'était le cas, il faut qu'il change toutes leurs équipes.

En tous les cas, Facebook merde.


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